Une conférence de Rui ZHANG, chercheuse en études chinoises à l'Institut d'Asie Orientale (IAO) et maitresse de langues à l'Université Lumière Lyon 2
Que signifie « être lettré » dans la Chine des IIIᵉ–Vᵉ siècles, au moment où l’ordre impérial vacille et où les élites doivent réinventer leurs façons d’exister, de parler et de se distinguer ?
Cette intervention propose d’entrer dans l’histoire culturelle de l’époque Wei-Jin par un texte aussi fascinant qu’inclassable : le Shishuo xinyu 世說新語 (Nouveaux propos mondains), recueil d’anecdotes compilé vers l’an 430.
À travers des scènes brèves – échanges spirituels, jugements sur les personnes, traits d’esprit, comportements jugés « élégants » ou au contraire déplacés – le Shishuo xinyu donne à voir un monde d’élites où tout compte : la manière de converser, de se tenir, d’évaluer autrui, de faire preuve d’érudition sans lourdeur, de se retirer du pouvoir sans perdre prestige. Loin d’être un simple florilège de bons mots, l’ouvrage fonctionne comme une véritable grammaire sociale, où s’entrecroisent service et retrait, norme et singularité, réputation et intériorité, orthodoxie et audace, parole directe et art du sous-entendu.
Comment lire ce recueil aussi bref qu’énigmatique, souvent cité mais rarement expliqué dans son fonctionnement interne ? En s’appuyant sur quelques récits emblématiques, cette intervention proposera des clés de lecture pour comprendre comment ces micro-récits codifient des normes implicites, fabriquent des réputations et dessinent, par touches successives, une véritable cartographie de la vie lettrée dans la Chine du haut Moyen Âge.
| Présentation du conférencier Autrice d’une thèse consacrée à la poésie chinoise du haut Moyen Âge (IIIe–VIe siècle), Zhang Rui est spécialiste de la Chine médiévale, à l’intersection de la littérature, de l’histoire culturelle et de l’histoire des idées. Ses recherches portent sur les pratiques lettrées et les formes de savoir, en particulier sur la manière dont les textes – d’abord poétiques, mais aussi narratifs et discursifs – façonnent des sensibilités, élaborent des normes et des valeurs, et participent à la transmission des connaissances. S’appuyant sur une démarche articulant philologie, analyse des formes et contextualisation historique, elle étudie l’écriture comme mode de connaissance et comme dispositif de mise en ordre du monde. Son travail explore notamment les interactions entre poésie, musique et pensée, ainsi que les usages sociaux de la culture lettrée (sociabilités, réputation, critique, pratiques du commentaire). Elle s’intéresse enfin aux relations entre poétique et politique, et plus largement aux liens entre productions lettrées, dynamiques de pouvoir et transformation des imaginaires. |
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Informations pratiques
Lieu(x)
Campus Berges du Rhône
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